PEPITOb1

Crédit dessin : Soizic Desnos

 

La Maison du Conte - Chevilly Larue (94),

le 27 janvier 2018, jour de la crémallière des nouveaux lieux de la Maison

 

Bienvenus dans la boitre noire, au cœur de la Maison du Conte !

Vous entrez dans l'antre des rêves éveillés, dans la forge des songes, dans la fabrique aux images...

Ici on s'enferme pour mieux s'évader.

Vous êtes dans la salle Mimi Barthélémy...Cette salle n'a jamais servi et pourtant les mots résonnent déjà !

« Est-ce que la cour dort ? Si la cour ne dort pas, messieurs-dames la société, qu'elle ouvre grandes ses oreilles ! ....Hé Cric et Crac et Misticric et Misticrac....

Ki lalang ki zamé ti menti ? Lalang zanimo ! »

C'est une devinette en créole pour faire un clin d'oeil à Mimi et aussi un clin d'oeil à la francophonie.

Nous les français, on pense qu'on est les seuls à parler notre langue.

Mais savez-vous que plus de 200 millions de personnes la parle hors de l'héxagone ?

Elle est plus parlée en Afrique qu'en France... L'avenir du français c'est la multiplicité de ses interprétations dans le monde. Moi ça m'interesse car je travaille sur les formes de langage et les malentendus de la langue...

Vous n'avez rien à me répondre ?

En Afrique de l'ouest, on va dire de quelqu'un qui tarde à répondre, qu'il a la bouche lente...C'est clair, non ! On va dire qu'on s'est « amourré » de quelqu'un pour tomber amoureux ou « tombé en amour » au Quebec...

En Afrique centrale, on dit : il a « amanté » la fille du voisin et il l'a « enceintée »...

C'tune manière de « peinturer » les murs avec les mots de partout comme dirait un quebecois

En Haïti, on dit : il faut arrêter de « bétiser ! »...et surtout pas « insolenter » ses parents....sinon ça va « réciproquer » avec le voisinage au Burundi ou au Rwanda.

Si tu t'habilles pas avec une « jupe midi » au Congo les gens vont te « doigter »....

Ce garçon il « désâme » sa mère : On le voit jamais en « cuissette pour le sport » en Algérie.

Il m'a « déçu en bien » disent les Suisses ! Ça c'est magnifique !

Avant, il « déparlait » au Sénégal, il « érémisait », il « carençait », il fallait le « vigiler », il « antivolait » même pas sa moto en Afrique du centre. Il « dormait sur les autres » en Côte d'Ivoire.

Un « mêle-tout qui cherchait misère » en Belgique.

Il « pendait la babine en sommeillant dans sa berçante » en Louisiane

Il restait à « clavarder » à l'ordi au lieu de sortir se « soleiller » au Quebec...

« Si tu prends le chemin de j'm'en fous, tu risques d'arriver au village de si j'avais su ! »

Mais « asteure », en Louisiane, il se lève « avant-jour » ! Maintenant il « fonctionne » à la poste (en Afrique, il est fonctionnaire.), il a réussi à se faire « permaniser » au Maghreb... il « bénéficie » !

Il mange du « poulet-bicyclette » ( du poulet élevé en plein air en côte d'Ivoire) en buvant de « l'eau à ressort » au Congo. (de l'eau pétillante.)

Il m'a même « cadeauté » une chemise « carreautée »...quand on a « noëllé » ensemble aux Antilles

Comme quoi, quelle que soit la longueur du serpent, il a toujours une queue !

Un petit dernier pour « la séparante » au Cameroun. Si on te fait souffler dans « l'ivressomètre » au Quebec , tu vas devoir rentrer avec « le train onze » (à pied) au Congo et au Niger ou avec « le taxi sans payer » (la police) au Burkina, Et là, ta femme va te faire « voir les cinq frères ». (les 5 doigts de la main.

« Tonnere m'écrase si je suis pas après dire la vérité ! » disent les cajuns de Louisiane.

Les expressions de toutes sortes sont comme un bouquet d'images de toutes les couleurs...

Remarquez, ici aussi, on « essuie les plâtres »...On « rase les murs »... On « marche sur des œufs »...

« On ne peut pas faire d'omelette sans... avoir les deux pieds dans le même sabot »

« Faut pas courir deux lèvres à la fois... sans prendre ses vessies... pour argent comptant »

« Tant va la cruche à l'eau... qu'elle tire les marrons du feu...avant d'avoir vendu la peau de l'ours ! »

« Un œil au bal, l'autre au cimetière ! » comme disait ma grand-mère...

« Vise au moins la lune, au pire tu finiras dans les étoiles ! »

Les contes parlent à la grande ourse pour ne pas perdre le nord... Chaque étoile a son histoire...

Vous connaissez l 'étoile du bœuf ? On dit que le bœuf vivait sur une étoile, mais qu'un jour, le créateur lui a demandé de descendre sur terre afin de conseiller aux hommes de manger une fois tous les trois jours afin que chacun puisse manger. Le bœuf a mis tant de temps à faire le chemin qu'il a complètement oublié ce qu'il devait dire aux humains. Et il leur a annoncé qu'il devait manger trois fois par jour. Pour le punir, le créateur lui a dit qu'il resterait sur terre pour aider les hommes à travailler la terre pour les nourrir....Il semble aujourd'hui que les tracteurs ont perdu la mémoire...

Avec la langue, on peut tout imaginer...Histoire de garder l'idée intacte que tout peut s'inventer en mieux !Nul besoin de décor, les mots sont nos guides et tout devient possible :

Quelqu'un marche sous le soleil...Il cherche le pays où l'on ne paie pas avec de l'argent.

Mais c'est un mirage et il découvre à l'horizon une ville à feu et à sang...

Dans le ciel, au milieu d'un nuage de fumée, passe un colibri. Le petit oiseau transporte dans son bec minuscule, une goutte d'eau pour éteindre l'incendie...Il fait sa part du monde !

Bientôt, il s'approche d'un étang...Au bord, un pêcheur tient dans sa main un poisson qu'il vient d'attraper.

Le poisson se débat et demande au pêcheur ce qu'il désire pour le prix de sa liberté...

Le pêcheur s'imagine déjà dans un château en Espagne... Il est dans l'Andalousie du 12 ème siècle où toutes les religions co-habitent... On entend le son d'une guittare dans les jardins de l'Alhambra.

On perçoit la fraicheur de l'eau sur les azulejos des fontaines et le rire claire d'une femme.

Elle regarde son enfant qui joue.

L'enfant fait tourner un moulin entre ses doigts en chantonnant...

Dans le moulin, il fait froid. Un vieux meunier, à la fin de sa vie, réunit ses trois enfants : au premier, il donne son moulin en héritage, au second, il laisse son âne...

Comme le troisième n'a rien, il s'en va travailler en interim et il finit par se perdre. Il ne retrouve plus les petits cailloux qu'il a semés. Epuisé, il s'allonge dans une clairière et s'endort....

Tandis qu'il dort, la lune vient se poser dans ses bras et glisse un rêve dans son sommeil....

Dans son rêve, il a des bottes de 7 banlieux...Il enjambe les cités et les villes, les collines et les vallées comme dans un film : il parvient au bord de la mer...Plan large !

Une plage de sable s'étend à perte de vue...Travelling. On aperçoit une silhouette sur un rocher. Zoom sur le visage d'une femme au visage grave qui regarde au loin. Elle fait et défait une tapisserie en scrutant la mer. Elle attend quelqu'un qui aurait dû rentrer déjà depuis bien longtemps.

Dans son oreille, le bruit d'une tempête...

Un bateau craque et tangue au milieu des vagues qui se jettent sur sa coque...

C'est la nuit, on a braqué des projecteurs...Eux, ce sont des sauveteurs qui sillonnent les rivages à la recherche de naufragés...

Soudain, dans le faisceau de lumière, apparaît un radeau à la dérive, un canoe bondé qui flotte au hasard... Dans l'embarcation, ils sont hagards, transis de froid, à moitié morts de soif : hommes, femmes, enfants écrasés les uns contre les autres. Des humains qui ont dû quitté leur terre et tout abandonner. Leur courage ne tient qu'à un rêve : celui d'échapper à la mort.

Une femme-squelette tient dans sa main un caillou qu'elle serre de toutes ses forces : un morceau de son pays qu'elle a emporté avec elle pour ne pas se perdre...

Bientôt on entend des cris de joie qui se mêlent aussi à des plaintes...

Un messager arrive, il annonce que Gilgamesh est de retour... On est il y a 4600 ans.

Le vieux roi s'adresse à la foule, les mains vides : «  L'immortalité n'existe pas pour les humains ! Ceux-ci doivent se contenter de leur temps de passage sur terre pour faire les choses au mieux et partager leurs rêves.»

C'est maintenant un mendiant en guenilles qui marche sous le soleil, il traverse un marché aux odeurs d'épices et de brochettes qui fument mais il ne veut pas en voler l'odeur de peur qu'on la lui fasse payer... il arrive devant le palais d'un sultan... Un garde l'empêche d'y pénétrer : « Tu n 'es rien, fiche le camp ! » Mais le mendiant ne bouge pas. « Tu n'es rien, fiche le camp ! Tu te prends pour le grand vizir ou quoi ? » Le mendiant répond : « Je suis au-dessus du grand vizir ! »

« Tu es fou, répond le garde, au-dessus du grand vizir, il n'y a que le sultan ! » « Je suis au-dessus du sultan ! » dit le mendiant. « Tu ne sais pas qu'au dessus du sultan il n'y a que dieu ? » « Je suis au-dessus de dieu ! » répond l'autre. Le garde s'énerve : « Au-dessus de dieu, il n'y a rien ! »....

L'autre jour , j'ai fait un rêve : Je prenais mon petit déjeuner avec Robert De Niro. A un moment, il s'arrêtait de mastiquer et il me disait : « Si ça continue, on va rater l'inauguration de la Maison du Conte à Chevilly-Larue ! »....Et je me suis réveillé.

 

 


 

Paris, le 15 novembre 2017.

L'année qui vient sera celle de la langue et des voyages de la langue...

Je voudrais consacrer mon temps à poser et me reposer (non pas faire une pause !) ces questions de toujours sur l'acte d'écrire et qui plus est, d'écrire l'oral. L'étrangeté de la langue me taraude depuis tout gamin : comment le chemin se fait en parlant, en formulant les choses, en les déformant ? En trouvant avec l'énonciation le moyen de faire sa vie aux côtés des autres, des proches et de ceux qu'on ne connait pas ? La parole est rencontre et je profiterai des résidences qui me sont proposées (Capbreton, Bordeaux, Lezay etc...) pour partager avec des gens de langues étrangères et un groupe de collégiens, ce jeu de l'étonnement de la langue et des malentendus créatifs qu'ils génèrent. Je ménerai aussi un atelier à Chelles avec des demandeurs d'asile avec lesquels je m'intéresserai aux trajets et à leur manière de découvrir notre monde à nous, (notre façon de vivre ensemble). Je voyagerai aussi en Espagne pour raconter en Espagnol, au Brésil en bi-lingie (Français / Espagnol) et à l'Île de la Réunion pour le festival KOMIDI, qui est sensible à cette question de la parole sous toutes ses formes.

Profiter aussi de chantiers pour réfléchir à la manière de dessiner une architecture de spectacle autour d'un sujet aussi vaste.

A vrai dire, j'ai l'impression d'être comme un débutant dont ce serait la première oeuvre et qui aurait envie de tout mettre dedans.

Je ressens cela comme un retour aux origines : tout ce qui m'a conduit jusqu'ici aujourd'hui, requestionné à travers une idée toute simple... qu'est-ce que parler veut dire ? Qu'est-ce que l'écriture orale ? Comment le monde est regardé par le prisme du langage ? Comment faire tenir debout ce petit théâtre des mots, avec le jeu de la narration et de la complicité active du public ? Voilà la mission que j'accepte de me confier en toute curiosité !

Pépito Matéo

 


Avignon, le 16 juillet 2017.

Qu'est-ce qui vous motive à venir sur mon site en plein été ?

Vous voulez savoir où j'en suis, ce que je fais depuis tout ce temps?

Vous vous demandez si j'ai de nouvelles choses en cours ou en préparation?

Vous êtes tombé là par hasard sans me connaître, en vous perdant, parce que vous aimez pianoter, parce que...

Pour toutes ces bonnes raisons, vous tombez bien. J'avais envie justement de vous tenir au parfum de mes pérégrinations, des questions que je me pose et de mes chemins de recherche...parce qu'on cherche les uns et les autres, sinon on est arrêté...on cherche à savoir, on cherche la petite bête, on cherche querelle, on cherche à plaire, certains cherchent fortune ou des dérivatifs, d'autres cherchent leur bonne étoile, midi à quatorze heure, le Pérou, la sérénité, à gagner du temps, à minimiser, à ne rien faire...bref on cherche toujours quelque chose et surtout à réaliser ses rêves et à mieux se connaître si possible.

En tous cas, moi ça me tarabuste la boite à méninges et ça me pousse vers l'avant en essayant de ne pas perdre la mémoire... D'où on vient, où on va?

Voilà le genre de question qui forge mon dernier spectacle: "Saturne, nos histoires aléatoires" que je joue en Avignon du 17 au 26 juillet à La Manufacture à 18h15.

A partir de la chanson de Brassens, je tricote des trajets, des croisements, des carrefours histoire de jouer avec le temps, le hasard et les rencontres. Vous pourrez aussi le voir aux festivals de Bourdeaux dans la Drôme le 11 aout, à Capbreton (40) le 7 aout et à Vassivières (23) le 23, en version-duo avec la chanteuse violoncelliste Gaëlle-Sarah Brantôme...

Si vos pas vous mènent par-ci par-là dans cette période, je vous parlerai aussi du livre qui sortira juste de chez les éditions "Atelier Baie", un bouquin à la fois théorique sur le travail du conteur et à la fois romancé style plutôt polar pour ce qui de l'idée de vous emmener en bateau...(en fait 2 livres dans un petit coffret au prix de 20 euros)

Autre chose: J'ai toujours pensé que le conteur était une sorte de cinéaste en direct. J'ai décidé de pousser le bouchon en écrivant un scénario, ce qui a engendré un drôle d'objet "HASTA SIEMPRE" dont la forme est un jeu d'auteur qui se prend à filmer sans un brin de technique et le fond, un puzzle qui parle des dictatures d'Amérique Latine...

Ce spectacle, crée en mai au festival des arts du récit à EYBENS (38) devrait prendre son envol fin 2017 début 2018. Je vous en dirai plus bientôt car je compte désormais donner rendez-vous à ceux qui me suivent tous les trimestres...

A propos, je vous mets à contribution pour un nouveau projet qui me tient à coeur depuis longtemps: La langue française!

Oui, je sais, la langue a toujours été pour moi un champ de bataille et un chant d'amour. J'aime les mots, les histoires et les envolées verbales, j'aime voir s'allumer les loupiotes dans les visages des mordus de la parole....Je dirai même que sans elle, cette langue, je ne sais vraiment pas ce que j'aurais fait de ma vie.

Mais cette fois, c'est une envie de creuser l'affaire...Quand j'entends: "Vous êtes en France, apprenez le français!" je ne peux m'empêcher de me faire la réflexion suivante:

Sur quel  matérieu on apprend une langue? Qu'est-ce qu'on donne avec la langue? Est-ce qu'on tient compte des trajets des gens et de la manière dont ils voient notre façon de vivre? Est-ce qu'on tient compte des malentendus de la langue? Est-ce que l'enseignement d'une langue peut être autre chose qu'une rencontre d'apprentissage réciproque? Qu'est-ce qu'on apprend soi-même de l'autre, de l'étranger, du différent, de celui qui veut se rapprocher de nous?

En travaillant auprès de migrants, de demandeurs d'asile, de détenus (es) et de publics fragiles, je me suis rendu-compte que l'on redécouvrait la langue, comme lorsque qu'on était enfant et qu'on ne comprenait pas tout ce qui se discutait dans le monde qui nous entourait....C'est une chance énorme de réinvestir les mots, le langage, les sons, les idées, les rêves à travers ces échanges...C'est la question de toute une vie. VOus êtes d'accord avec moi ou je suis en train de m'envoler tout seul?

Là, non, je veux pas décoller avec ma montgolfière sans vous embarquer... J'aimerais que vous me disiez, confiez, conseillez à propos de ce que vous connaissez autant que moi: la langue française...(même si vous avez des difficultés avec elle, vous m'êtes précieux!) Je suis à la recherche de connivence autour des malentendus, des anecdotes, des histoires, des fâcheries, des amours, des textes que vous adorez, de expressions et autres richesses de notre boite à parler et penser....

Si ça vous dit, envoyez-moi des choses, contactez-moi, donnez-moi des idées, amusez-vous à me renvoyer la balle....J'aimerais faire un spectacle sur la question et je commence à m'y pencher sérieusement....

Voilà, pour l'heure, je vais arrêter mon crachoir et je ne voudrais pas vous empêcher de regarder la nature, les gens et de profiter de la vie qui "va"!

A bon entendeur salut!

Hasta luego!

Pépito Matéo