PEPITOb1

Crédit dessin : Soizic Desnos

 

Paris, le 30 avril 2024

BILLET D'HUMEUR

et d'humour pour se défaire de la morosité ambiante:

Un type plein aux as qui se balade avec un manteau cousu d'or.

Il aperçoit un poète-mendiant sur son chemin et lui demande:
" Hé, toi le mendiant-poète, tu saurais dire combien je vaux ?"
Le mendiant le regarde et lui répond:" Oh làlà, tu dois valoir au moins cent pièces d'or !'
"Espèce d'imbécile lui rétorque le richard, cent pièces d'or c'est déjà le prix du manteau !"
Le mendiant lui dit : "Je l'avais déjà compris dans la somme !"

S'amuser à jouer avec les mots, les expressions, les situations pour s'enjouer et déjouer les pièges du formatage au lait crémeux, permet de s'évader un instant de la pensée congelée. Le langage peut prendre le contre-pied du bonheur en boite pour garder le rêve à portée de main. Ne pas rester les mots dans ses poches: voilà un bel enjeu !

Au moment où la culture part en eau de boudin, où les budgets qui lui sont attribués ne sont plus des outils pour développer un art de la paix, mais servent à enrichir les fabricants de joujoux pour la guerre, la langue peut au moins nous garder de tomber dans le trou du couac, du quick et du Cac 40.
Ceux qui mènent le monde... à sa perte, font de vrais choix, planifiés et calculés, choix qui ne prennent pas en compte la précarité des uns, la fragilité des autres et la valeur du vivre en lien.
Les bases d'une société française, héritées des combats de la résistance, avec son socle santé, éducation, culture pour permettre à tous et à toutes d'avoir sa chance: tout cela est balayé au profit d'un mode de vie où l'argent est roi.

"Si l'argent est roi, coupons-lui la tête!" disait un tag dans les rues de Paris pour répondre à un slogan publicitaire qui prétendait nous offrir "le monde en un clic". Un autre tag renchérissait :" Le marché c'est la jungle, la vie est un zoo!"

On voudrait paramétrer notre cerveau au seul réflexe de consommateur (de malbouffe, de gadgets, d'images de la violence banalisée et d'un monde sans autre horizon) et nous réduire à un style de vie où la technolofgie et la rentabilité immédiate remplace la personne par la machine. Il n'est plus question de cultiver le sensible, le doute, la réflexion et le respect de la différence.

"On ne devrait pas se moquer des gens riches, on ne sait jamais comment on peut devenir !"
Paradoxalement, j'ai l'impression que l'époque actuelle, en perte de repères, met en évidence notre rôle à nous gens de la parole (si nous en doutions encore !) et le rôle du langage et de l'imaginaire. La poésie, la chanson, l'expression par les contes et l'impro deviennent vitaux: les jeunes générations le comprennent de plus en plus.

En traversant les décennies, je réalise que ce travail des conteurs et des conteuses, cette échappée belle, cette parole magique pour faire un pas de côté, est devenue un enjeu essentiel pour le monde d'aujourd'hui. Les histoires de toutes sortes transmises de bouche à oreille, permettent de partager nos désirs, nos rêves, notre appartenance à la société humaine, à dénoncer les injustices et à regarder les situations difficiles de la vie, bref nous permettent d'aborder tous les sujets à hauteur de nos vies. Par la convention tacite du "tout est possible "à exprimer, nous échangeons avec le public en direct des rêves éveillés à partir de nos images, des métaphores, du décalage, de l'humour et du clin d'oeil en toute liberté.

Notre quête, à nous les gens de la narration, est de nous emparer des récits de tous temps pour les rendre vivants : créer, imaginer, donner à ressentir, faire surgir la beauté, chacun et chacune à sa façon, bref faire valoir cet art de la parole qui a toujours été au coeur de la relation humaine. Prendre conscience que nous avons un rôle majeur à jouer, certes sans l'accès au grands médias, mais à la mesure d'une autre écoute du monde, plus active et qui nous rassemble. Nous avons notre mot à dire d'une autre façon dans le concert assourdissant des vérités assénées pour nous endormir !

Bref, nous n'avons pas d'autre choix que celui de nous emparer des mots.
Comme le dit le proverbe Wollof : "L'homme est un remède pour l'homme !" (Et la femme bien sûr !)

L'été s'approche, le temps des festivals est un moment privilégié pour nous rencontrer... en mai au festival de Capbreton dans les Landes, en juin aux Minuscules dans le Nord, en juillet à Traverse dans les deux-Sèvres et à Martigues dans les Bouches-du-Rhône, en août à Vassivière dans la Creuse, à Bourdeaux dans la Drôme, en septembre à Carros dans les Alpes Maritimes et en octobre aux Contes Givrés en Bourgogne, entre autres... De beaux rendez-vous en perspective !

Pour ma part, je vais continuer ma "Leçon de français", spectacle sur les malentendus de la langue et les migrants. Ainsi que le duo "Saturne, nos histoires aléatoires" avec Gaëlle-Sara Branthomme (chant et violoncelle.)

Mon nouveau spectacle "Insomnies" est en chantier avant sa création le 30 janvier 25 à la Maison du Conte à Chevilly-Larue (94) dans le cadre d'histoires provisoires", puis à Bayeux dans le Calvados (14).

Une conférence-contée "Exquiouze my french" sur les enjeux de la langue est également en route ici et là.

À ce propos, un cinquième carnet d'expressions verra le jour pour ce mois de mai 2024 et un 6ème est en préparation (l'oral est infini) !

Un projet de mon texte interactif "L'Échappatoire" est envisagé en audio aux éditions OUI-DIRE sous la forme d'un jeu. Je vous en dirai plus dans un prochain billet.

Je vous souhaite un bel été de paroles et d'écoute pour garder l'idée intacte que le monde puisse changer en mieux.


P.M.

 


 

Redon, le 21 avril 2020

 

C'est même le contraire !

 

Que faire avec les mots, dans toute cette inflation de paroles en autarcie obligatoire ? Inquiétudes, coups de gueules contradictoires, supputations et élucubrations sur tous les aspects de nos incertitudes...

On peut craindre l'affaissement des dos, l'effondrement des épaules, le laisser-aller des bras qui nous en tombent, la crispation des mâchoires, l'abdication totale des corps...

A quoi bon lutter : nos projets sont enterrés et nos doutes s'entassent.

Il faudrait capituler devant l'irrémédiable, l'incompréhensible, l'instabilité de nos humeurs, s'en remettre au hasard pour l'avenir.

 

Ne nous laissons pas abattre !

 

C'est même le contraire : allons de l'avant pour forger notre résistance aux abandons. Inventons, cherchons, bougeons nos imaginaires, créons des arabesques pour faire résonner le temps, le désir, les rêves et la vie !

Pour ma part, j'essaie de ne pas confondre lâcher-prise et laisser-tomber.

Non pas être volontariste mais réceptif autant que possible à ce qui se passe et à ce qui est en train de naitre.

Ne plus brandir forcément l'étendard des projets frénétiques et clés en main, mais tenter plutôt de rebondir aux intuitions de nos utopies en rapport avec ce qui advient.

J'ai envie de me poser 1001 questions, de lancer des hypothèses, d'envisager autrement les choses, d'imaginer d'autres envols sans se rogner les ailes.

J'ai envie de voir ce que les gestes, les actes et les mots ont à nous dire de naturellement nouveau.

Une manière de profiter du surplace orchestré pour ne pas être figé mais retourner la contrainte comme en improvisation.

 

La situation n'est plus la même et nous devons nous appuyer sur les pas de nos souvenirs et la solidité de nos rêves pour mettre un pied devant l'autre en traçant des chemins d'exploration de cette planète encore inconnue où tout est à envisager et à entreprendre.

Sans nier les difficultés économiques, relationnelles, psychologiques qui adviennent, ne pas lâcher ce qui nous est le plus cher !

L'essentiel pour un artiste ou une artiste, ce n'est pas seulement le statut, mais ce qui en fait un résilient de la société, une personne qui s'engage en son nom sur son fil, sans que personne ne lui ait rien demandé d'aussi risqué.

Hauts les mots ! Nous avons avec eux de quoi brasser le monde à satiété sur les sentiers du cœur à défricher.

Ils nous relient dans nos solitudes !

 

Dans mon calendrier, bien sûr tous les rendez-vous de ma Leçon de Français, Saturne et autres Solos, ont fait arrêt sur image. Le Festival d'Avignon est annulé et l'été s'annonce à peu près cuit, ce qui est le cas de tout le monde.

Beaucoup de lieux reportent les dates à la rentrée mais nous ne savons pas actuellement dans quelles conditions pourraient reprendre les spectacles.

Le spectacle vivant risque fort de payer un lourd tribut à l'avenir artistique.

Qu'en sera-t-il de cette relation unique et extraordinaire de la représentation en direct si nous sommes éloignés les uns des autres, hors de la convivialité nécessaire et si la méfiance et la crainte viennent s'immiscer dans notre vécu ensemble ? Ce qui est en jeu ici dépasse la seule notion de spectacle mais hypothèque une autre façon d'être réunis ensemble dans la société. L'isolement serait le grand gagnant de ce changement diabolique qui nous conduirait à nous habituer à des relations ultra-ordine-raisonnables.

Pour ma part, je vais continuer à collecter des mots, des expressions, anecdotes et faits divers en toutes langues, en vue d'un nouveau carnet et continuer à interroger la langue, les malentendus bien entendu afin de continuer à aiguiser ce qui fait notre singularité humaine : nos façons de dire nos joies, nos peines, nos rêves, nos souffrances et l'amour de la vie sous toutes ses formes. Afin de garder intacte l'idée que le monde peut changer en mieux !

 

Vous pouvez participer à ces échanges par mails : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

La vie des mots continue de plus belle !

Bien amicalement !

 

Pepito Mateo

 


 

Mainvilliers (28), le lundi 18 novembre 2019

Bonjour à toutes et tous qui me suivez!

Voici lancé La leçon de Français mon nouveau spectacle.

Après Capbreton, Vassivière, Marmande, Chiny et Beauvechain en Belgique, les Contes Givrés en Bourgogne et les Foyers Ruraux de Haute-Marne, je mesure l'intérêt des spectateurs pour la langue, les langues et ce que ça ouvre comme images dans la mémoire des gens. Je recueille à la sortie du spectacle de nombreuses expressions et anecdotes que je m'empressede noter sur mes carnets de mots.

Le texte du spectacle (10 €) ainsi que le premier carnet des mots récoltés et autres...( 5€) sont actuellement en route aux Editions Paradox et seront disponibles aux alentours du 15 decembre 2019. Pour vous les procurer, vous pouvez me les commander sur mon mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.  en marquant votre adresse postale et ils vous seront envoyés à mes frais.

Si vous avez vous aussi des expressions à m'envoyer, vous pouvez le faire à cette même adresse. Un second carnet est déjà en route.

A bientôt donc je l'espère sur le chemin des mots.

Bien cordialement !

Pepito Mateo

 


 

Sartilly-Baie-Bocage (50), le mercredi 9 octobre 2019

Octobre démarre sur les chapeaux de roue !

Drôle d'expression qui ne veut pas dire « courir après la lune » qui signifie plutôt chez les Flamands « va te faire voir » ni même que je m'empresse de céder à la mode de porter des chapeaux pour un spectacle où je fais la roue... Je veux dire simplement qu'en ce début d'automne j'ai l'impression de courir après le temps, sans savoir d'ailleurs si nous allons finir par changer d'heure ou ne plus en changer du tout, ce qui serait vraiment utile pour ne plus chercher midi à 14 heures, même si chacun voit midi à sa porte... En tous cas, je galope après les mots pour ma « Leçon de Français » qui se donnera du 23 au 27 octobre aux Contes Givrés en Bourgogne, à Annonay dans le cadre de la Forêt des contes en Villevocance, en Haute-Marne à l'invitation des Foyers Ruraux, à Mainvilliers au Légendaire, puis à la Touline dans le Petit Théâtre troglodyte (37), avant de débuter l'année en région parisienne. C'est dire si ce spectacle sur la langue fera plus d'un tour !

Chemin faisant, je me rends compte en récoltant des expressions de toutes sortes à la sortie de mes spectacles, que les mots sont des voyages incessants et les façons de nommer infinies. Au moment où la langue comme le reste est menacée de devoir se plier au formatage continu de la « pensée officielle » c'est à dire commerciale, s'amuser à jouer avec les mots et les expressions devient presque subversif, c'est à dire sans cesse en mouvement, inattendu, complexe, multiple et joyeux. Le langage t'engage, tangage sur le flot des paroles qui sortent des chantiers rebattus.

Les gens sont riches de leur langue : familiales, locales, régionales et internatiobucales... Nous sommes tous traversés par des strates de langages entrecroisés de bouche à oreille.

Untel dit ceci quand unetelle dit cela, nos langues se répondent avec leurs images, leurs sons, les rêves qu'elles véhiculent avec leur façon de regarder les choses et d'appréhender le monde. C'est autre chose que de jacter l'unilinguisme internautique !

Je vais bientôt publier avec les éditions Paradox un premier carnet de choses entendues, attrapées, notées ici et là : collecte d'expressions, anecdotes et petits textes inventés aussi. Ce carnet numéro 1 sera sans doute le début d'une longue série qui va s'étoffer avec les voyages autour de la langue.

Parallèlement, Saturne, nos histoires aléatoires en Solo et en duo avec Gaëlle-Sara Branthomme, continue son chemin (dates en Normandie, Paris puis tournée dans le Calvados au printemps.)

Un CD du spectacle va sortir chez Ouï-Dire avant la fin de l'année.

Des formations, ateliers et stages plus longs donnent rendez-vous à tous ceux qui désirent travailler l'écriture orale, c'est à dire l'art de mettre en jeu la parole des histoires écrites artistiquement.

Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage énonce le dicton, ce qui n'est pas apprendre par cœur, mais avoir à cœur de partager en toute complicité l'ouvrage de la vie.

 


 

Fontenay-aux-Roses (92), le jeudi 20 juin 2019

Bonjour à vous !

Entre deux spectacles, de Shweighouse-sur-Moder à Lyon, en passant par Paris, j'éprouve le besoin de revenir vers vous.

Sans vous connaître spécialement, ce lien avec l'invisible m'est important comme les messages-radios que les marins utilisent au milieu des mers. Donner le cap aux autres pour faire repérer sa petite lanterne dans la nuit de toutes les étoiles.

S'il y a bien une chose qui nous relie c'est la langue. Je m'en aperçois d'autant plus que je suis amené à parler de mon spectacle en cours La leçon de Français. Au gré des rencontres, je réalise que la question de la langue est au cœur de la vie des gens : langue des régions, langues étrangères, paroles pour défendre ses idées, paroles de réconfort, violence et douceur des mots parce qu'il faut bien s'entendre.

La langue est un enjeu crucial quand bien même internet nous damne le pion.

Qu'en sait-il lui l'ordi de nos espoirs, de nos souffrances, de nos rêves, de l’indicible de nos liens du cœur. Il est tout juste bon à repérer nos habitudes de vie pour nous relancer vers la consommation...

L'amour de la langue ne se dément pas : on adore parler, écouter, partager, imaginer.

Cette dimension tout simplement humaine que le progrès menace est le fruit de nos histoires.

Nous sommes les descendants des mythes, c'est à dire du rêve des paroles symboliques et fabuleuses qui nous élèvent au-dessus des contingences de notre pauvre condition humaine.

A la fois dans la réalité et dans nos imaginaires, nous sommes au croisement des espaces et des temps. A la fois, dans la vie « Comme une poire au sirop ! » disent les Espagnols en attendant de « Casser son bol de riz » disent les Chinois.

Ainsi nos trajets sont aussi des trajets de la langue qui résonnent avec nos raisons et les fantômes de nos rêveries. Dès qu'on s'exprime on est dans le jeu, le sensible et la profondeur de nos histoires à tiroirs (j'allais dire de nos terroirs). En tous cas, dans un territoire qui érige en nous un voyage en commun.

Les migrants, qu'on le veuille ou non, nous parlent aussi de cela : de nos identités multiples, de nos exils et posent la question de la place de chacun sur terre, dans la société, au sein du groupe, dans la famille.

Les images stéréotypées ne résistent pas aux relations de la vraie vie des gens : celui ou celle qui est en face de nous, n'est plus seulement un étranger, mais un étrange nous-même avec ses peurs, ses joies, ses liens avec ceux qu'il aime, ses souvenirs, ses espoirs et son regard sur le monde.

La langue donne à voir le monde du dedans qui est le miroir de l'humanité.

C'est pourquoi lorsqu'on s'attèle à écrire des histoires, fussent-elles en partie fictives, il faut apprendre à conjuguer le participe présent du monde avec ses idées et ses doutes, accorder le sujet de la réalité avec l'objet de ses émotions, mettre le démonstratif en mode conditionnel, parler du singulier pour montrer le pluriel, écrire l'exception qui confirme la règle et engager le JE pour parler d'eux, de nous et décliner les exemples sans être affirmatif.

Ce n'est pas de tout repos la perception du chant du monde, mais le jeu des mots en vaut la chandelle comme dirait quelqu'un qui cherche à y voir clair !

Les rendez-vous ne manquent pas avec cette interrogation sur le bout de la langue...

Ma « Leçon de Français » va sillonner l’hexagone mais pas que : des Landes au Limousin et au Marmandais, de la Belgique à la Bourgogne, de l'Ardèche à la Champagne puis de la région parisienne à la Bretagne et à la Normandie, même à l'Ile de La Réunion... avec souvent des actions autour du spectacle.

Voilà qui augure encore bien des paroles. Il faudra « éviter de se marcher sur la langue » comme on dit au Sénégal !

Bel été à vous !

Pépito Matéo

 


 

Saint-Genis-Laval (69), le mercredi 9 janvier 2019

Quelle est la différence entre un H muet et un H aspiré ?

Pourquoi le français est-il bourré d'exceptions qui confirment la règle ?

Et pourquoi on va parler d'une « canaille » même s'il s'agit d'un homme et d'un « squelette » même s'il s'agit d'une femme, alors que c'est l'inverse pour une silhouette ?

Savez-vous que certains mots ne riment à rien ? Que d'autres plutôt singuliers, profitent d'être au pluriel pour changer de genre ?

Que certains ne s'emploient qu'au pluriel ? Si vous achetez des vivres, ça va occasionner des frais, il va falloir verser des Arrhes, en tenant compte des mœurs aux alentours et après vos funérailles ce sera les ténèbres : ça vous résume une vie !

Les mots font des histoires qui se mèlent aux nôtres en nous faisant jaser la valse des images.

Ils nous font le présent d'être vivants pour écrire nos destins, ils conjuguent nos passés pas si simples, s'emparent de nos rêves de futur qui sont loin d'être plus que parfaits et conditionnent notre relation aux autres et au monde.

Nous sommes liés par la langue qu'on le veuille ou non. A travers le langage nos idées s'entrecroisent, se répondent, se partagent, se différencient au point même de surfer sur les malentendus, les équivoques et les quiproquos !

Rien que de vouloir chouetter ses meilleurs vieux en deux fois mille qui disent neuf, c'est dangereux. Et débiles bises d'oeuf, si on parle du nez ! Peut-on faire du neuf avec du vœu ?

Et une borne sautée bon an mal an, par dessus le marché ! Pour ma part, j'y ai renoncé...

Je préfère vous donner l'envie de nous croiser ici ou là à l'occasion de nos aventures amicales et artistiques tout au long de l'année !

Pour ma part, cette nouvelle ère verra la mise sur orbite de mon spectacle sur la langue française, après plusieurs essais en chantier : création à l'été au festival de Capbreton (40), puis en tournée dans la foulée.

Cette création n'empêchera pas Saturne, nos histoires aléatoires de poursuivre sur sa lancée (en deux versions : avec chant et musique ou en solo.) avec la sortie d'un enregistrement au printemps.

Mon spectacle Hasta Siempre ! (Le conteur fait son cinéma) se prépare quant à lui, à un nouvel envol en Lozère (48) et à Montreuil (93), avec la publication du texte en début d'année.

Pépito Solo et Sans les mains et en danseuse quant à eux, continuent leurs marathons au gré des demandes, sous des formes adaptables en fonction des lieux.

Côté formation, je mènerai un stage « Conter-Clown » avec Frank Dinet directeur du Samovar à Bagnolet (93).

Il se déroulera pendant neuf jours en février à la Maison du Conte de Chevilly-Larue (94) et se terminera par une présentation publique. Il sera suivi par d'autres moments de formation dans le Loiret en mai, dans le Gard en juillet et durant le festival de Vassivières en Limousin en août.

Enfin, je continuerai l'accompagnement de plusieurs jeunes artistes-conteurs.

Voilà l'objectif pour l'année : réinterroger sous toutes ses formes l'écriture orale en scène et nourrir l'imaginaire des enjeux de la réalité !

A tous les mordus.e.s de la langue, mon plus cordial salut !

Pépito

 


 

Île de Groix (Morbihan), le lundi 3 septembre 2018

Vive la rentrée ! (au fait, la rentrée dans quoi?)

On était donc sortis !... Sortis du jeu, des enjeux de la vie et de la politique. (l'été m'a quand même permis de lire Fakir, le Diplo et l'Humanité-Dimanche qui prennent le temps d'éclairer le monde qui « va »!)...Sortis des sentiers battus à 80 km/h, sortis de table pour se débarrasser des contraintes, sortis en boite de nuit éveillés...sortis de nos boites !

La porte fermée à double tour sur les secrets de nos dilettantes : en vacances, débranchés !

Comme désormais la vacance de Monsieur Hulot !

Pour tout dire, moi je n'aime pas trop me faire une vie réversible en la retournant comme un gant ! J'aime bien changer de rythmes, de manières de faire, de regarder aussi le temps autrement, ça oui...mais pas d'essayer d'échapper à moi-même !

C'est ça aussi le privilège d'un artiste, fut-il à l'âge de la retraite, il est son propre maitre...

Ou plutôt il continue d'être l'élève de ses envies, de ses questions en forme de recherche et de ses histoires en cours ! Ça continue de fructifier avec les choses de la vie en douce ou pas...

Il n'y a pas d'arrêt en cours pour les choses qu'on aime et pour les hasards de la création et de l'écriture.

Du coup, j'en suis toujours à ma leçon de français ! Et à toutes les belles questions (infinies) qu'elle me pose sur moi-même et mon rapport au monde, à la philosophie de la vie, sur les enjeux de société et sur l'immigration, sur l'enfance et l'acquisition des choses, sur les rêves et l'enjeu des mots !

Le matériau est énorme : il faut arrêter des choix (définitifs?), poser un cadre, opérer une progression, trouver son ton pour coincider avec le propos, bref, engager un point de vue. (forcément non-exhaustif, partiel et frustrant...)

Un spectacle, c'est comme la vie en plus précis ! Il y a tant à coudre qu'au final, il faudra

laisser de côté des options sans savoir si on aura trouvé l'essentiel de ce qu'on voulait exprimer et si au bout du compte, ça parlera aux autres. En sachant que de toute façon, le malentendu est toujours possible...Un malentendu créatif où il faudra faire confiance à celui ou celle qui écoute et pourra se faire sa propre histoire, en toute liberté !

En tous cas, je vais me projeter vers un 5ème chantier (au Quebec en octobre) histoire de voir comment les cousins de langue française, eux qui sont si créatifs en matière de langue, vont entendre l'affaire...

J'en profiterai pour m'immiscer à fond dans le chouette festival de Sherbrooke, avec mon

spectacle Saturne (nos histoires aléatoires), des Pepito Solo et une soirée collective avec des conteurs et conteuses de partout.

Puis ce sera « Les Contes Givrés » et la reprise de Sans les mains et en danseuse  fin octobre.

Mais avant cela, il y aura en début de mois, une soirée inaugurale à plusieurs, aux mêmes Contes Givrés (71), Saturne dans la Manche et en Dordogne et aussi « La nuit au Pellerin » (44) le 15 septembre pour un double-duo impovisé avec Didier Kovarsky...en attendant « Eperluette » en novembre et la nouvelle version de  Hasta Siempre  début 2019 !

Côté formation, plusieurs journées de stage à la Maison du Conte à Chevilly-Larue, dont celui de 9 jours avec Franck Dinet (Conter Clown) en févier

Sans oublier la participation au projet « ICAR » (écriture à plusieurs mains d'un spectacle-récit sur le thème du voyage de Jason) qui sera présenté par de jeunes conteurs-acteurs au premier semestre.

Mais pour l'heure, priorité bien sûr à la création de mon spectacle pour 2019 sur les malentendus de la langue et qui se cherche toujours un titre !

Voilà, bonne rentrée à vous qui me suivez avec curiosité !

Pépito Matéo


 

Redon (Ille-et-Vilaine), le vendredi 30 mars 2018

L'histoire de quelqu'un se mesure à son trajet. Notre trajet est une narration, c'est pourquoi les humains aiment se raconter des histoires : pour mesurer le temps en mouvement. Et quoi de plus direct que d'aller d'un mot à un autre de bouche à oreille...

Longtemps, j'ai préféré aux règles de grammaire, les exceptions comme des chemins de traverse

pour des portes de sortie...Savez-vous que le mot squelette est le seul mot masculin qui se termine en ette (à part les mots doubles comme casse-noisette etc...), qu'il y a 7 mots qui sont toujours pluriels : « Des vivres occasionnent des frais, il va falloir engager des arrhes en tenant compte des mœurs qui se pratiquent dans les environs, et après les funérailles, ce sera les ténèbres... » ça vous résume une vie !

Certains mots n'ont pas de rime : goinfre, triomphe, monstre, meurtre....et même « pauvre », ça rime à rien !

Ce ne sont pas les entrées qui manquent quand on prévoit d'écrire sur la langue française et que l'on s'intéresse aux incohérences et aux malentendus, aux difficultés de compréhension et aux trajets des gens rencontrés lors d'ateliers, de demandeurs d'asile, ou encore à l'incongruité des traductions d'une langue à l'autre et à l 'étrangeté des expressions utilisées dans d'autres pays… autant de regards sur le monde et la philosophie de la vie.

Ce qui reste à trouver dans ce foisonnement de pensées en images, c'est le sens d'un propos qui me concerne et qui me dépasse à la fois… Comment s'accapare-t-on le langage ? Comment partage-t-on notre idée du vivre ensemble ? Mais pas seulement les idées, car les mots ne sont pas qu'intellectuels. Ils ont une épaisseur charnelle, sensuelle. Nous les avons en affection ou en aversion depuis tout petit : leurs résonances et leurs sonorités sont autant d'impressions multiples et contradictoires. Le langage nous engage ! Il faut trouver sa place dans la polyphonie des autres paroles, faire entendre sa voix pour se construire et construire avec les autres...

Camus disait qu'il faut utiliser les mots justes pour ne pas accentuer le désordre du monde. Mais quand on est artiste, on est plutôt du côté de Don Quichotte, pour qui le vaste monde n'est pas plus grand que l'imagination. On est amené à bousculer ce qui nous est familier, à l'interroger en le regardant sous de nouveaux éclairages. L'artiste est un miroir qui renvoie à l'autre ce qu'il est lui-même, mais aussi dans ce qu'il a d'ignoré (je crois que je paraphrase Alain!)

Notre seul impact est de tabler sur le ressenti : créer de l 'émotion (au sens large), c'est ne pas se tromper de cible...

Je vais essayer de faire en sorte que le conteur que je suis, ait non seulement quelque chose à dire, mais surtout à faire ressentir aux autres afin de leur donner, par l'imaginaire, de la force pour appréhender le réel....

Je suis toujours à la recherche d'anecdotes, de matériau sur ce thème de la langue française ! Contactez-moi si cela vous intéresse ou faites-le savoir. Merci à vous !

Premiers essais en chantier, bientôt à La Péniche St-Grégoire à Rennes dans le cadre de MYTHOS, à La Réunion dans le cadre du Festival Komidi et au Port dans le cadre du Théâtre sous les Arbres, puis en mai et juin à Gujan Maestras (Gironde), Lezay (Deux-Sèvres) et Capbreton (Landes)

J'en profite pour signaler que mon spectacle sur le cinéma « Hasta Siempre » sera lui tenté également pendant le festival Mythos les lundi 16 avril à 18h30 à l'Epi Condorcet – Esplanade François Mitterrand à St-Jacques de la Lande et le mercredi 18 avril à 15h au bar « Le Papier Timbré », 39 rue de Dinan à Rennes.

Vous souhaitant de belles rencontres et autres envolées de toutes sortes pour les beaux jours à venir, je retourne à mon ouvrage !

Pépito Matéo

 

 


 

La Maison du Conte - Chevilly Larue (94),

le 27 janvier 2018, jour de la crémallière des nouveaux lieux de la Maison

 

Bienvenus dans la boitre noire, au cœur de la Maison du Conte !

Vous entrez dans l'antre des rêves éveillés, dans la forge des songes, dans la fabrique aux images...

Ici on s'enferme pour mieux s'évader.

Vous êtes dans la salle Mimi Barthélémy...Cette salle n'a jamais servi et pourtant les mots résonnent déjà !

« Est-ce que la cour dort ? Si la cour ne dort pas, messieurs-dames la société, qu'elle ouvre grandes ses oreilles ! ....Hé Cric et Crac et Misticric et Misticrac....

Ki lalang ki zamé ti menti ? Lalang zanimo ! »

C'est une devinette en créole pour faire un clin d'oeil à Mimi et aussi un clin d'oeil à la francophonie.

Nous les français, on pense qu'on est les seuls à parler notre langue.

Mais savez-vous que plus de 200 millions de personnes la parle hors de l'héxagone ?

Elle est plus parlée en Afrique qu'en France... L'avenir du français c'est la multiplicité de ses interprétations dans le monde. Moi ça m'interesse car je travaille sur les formes de langage et les malentendus de la langue...

Vous n'avez rien à me répondre ?

En Afrique de l'ouest, on va dire de quelqu'un qui tarde à répondre, qu'il a la bouche lente...C'est clair, non ! On va dire qu'on s'est « amourré » de quelqu'un pour tomber amoureux ou « tombé en amour » au Quebec...

En Afrique centrale, on dit : il a « amanté » la fille du voisin et il l'a « enceintée »...

C'tune manière de « peinturer » les murs avec les mots de partout comme dirait un quebecois

En Haïti, on dit : il faut arrêter de « bétiser ! »...et surtout pas « insolenter » ses parents....sinon ça va « réciproquer » avec le voisinage au Burundi ou au Rwanda.

Si tu t'habilles pas avec une « jupe midi » au Congo les gens vont te « doigter »....

Ce garçon il « désâme » sa mère : On le voit jamais en « cuissette pour le sport » en Algérie.

Il m'a « déçu en bien » disent les Suisses ! Ça c'est magnifique !

Avant, il « déparlait » au Sénégal, il « érémisait », il « carençait », il fallait le « vigiler », il « antivolait » même pas sa moto en Afrique du centre. Il « dormait sur les autres » en Côte d'Ivoire.

Un « mêle-tout qui cherchait misère » en Belgique.

Il « pendait la babine en sommeillant dans sa berçante » en Louisiane

Il restait à « clavarder » à l'ordi au lieu de sortir se « soleiller » au Quebec...

« Si tu prends le chemin de j'm'en fous, tu risques d'arriver au village de si j'avais su ! »

Mais « asteure », en Louisiane, il se lève « avant-jour » ! Maintenant il « fonctionne » à la poste (en Afrique, il est fonctionnaire.), il a réussi à se faire « permaniser » au Maghreb... il « bénéficie » !

Il mange du « poulet-bicyclette » ( du poulet élevé en plein air en côte d'Ivoire) en buvant de « l'eau à ressort » au Congo. (de l'eau pétillante.)

Il m'a même « cadeauté » une chemise « carreautée »...quand on a « noëllé » ensemble aux Antilles

Comme quoi, quelle que soit la longueur du serpent, il a toujours une queue !

Un petit dernier pour « la séparante » au Cameroun. Si on te fait souffler dans « l'ivressomètre » au Quebec , tu vas devoir rentrer avec « le train onze » (à pied) au Congo et au Niger ou avec « le taxi sans payer » (la police) au Burkina, Et là, ta femme va te faire « voir les cinq frères ». (les 5 doigts de la main.

« Tonnere m'écrase si je suis pas après dire la vérité ! » disent les cajuns de Louisiane.

Les expressions de toutes sortes sont comme un bouquet d'images de toutes les couleurs...

Remarquez, ici aussi, on « essuie les plâtres »...On « rase les murs »... On « marche sur des œufs »...

« On ne peut pas faire d'omelette sans... avoir les deux pieds dans le même sabot »

« Faut pas courir deux lèvres à la fois... sans prendre ses vessies... pour argent comptant »

« Tant va la cruche à l'eau... qu'elle tire les marrons du feu...avant d'avoir vendu la peau de l'ours ! »

« Un œil au bal, l'autre au cimetière ! » comme disait ma grand-mère...

« Vise au moins la lune, au pire tu finiras dans les étoiles ! »

Les contes parlent à la grande ourse pour ne pas perdre le nord... Chaque étoile a son histoire...

Vous connaissez l 'étoile du bœuf ? On dit que le bœuf vivait sur une étoile, mais qu'un jour, le créateur lui a demandé de descendre sur terre afin de conseiller aux hommes de manger une fois tous les trois jours afin que chacun puisse manger. Le bœuf a mis tant de temps à faire le chemin qu'il a complètement oublié ce qu'il devait dire aux humains. Et il leur a annoncé qu'il devait manger trois fois par jour. Pour le punir, le créateur lui a dit qu'il resterait sur terre pour aider les hommes à travailler la terre pour les nourrir....Il semble aujourd'hui que les tracteurs ont perdu la mémoire...

Avec la langue, on peut tout imaginer...Histoire de garder l'idée intacte que tout peut s'inventer en mieux !Nul besoin de décor, les mots sont nos guides et tout devient possible :

Quelqu'un marche sous le soleil...Il cherche le pays où l'on ne paie pas avec de l'argent.

Mais c'est un mirage et il découvre à l'horizon une ville à feu et à sang...

Dans le ciel, au milieu d'un nuage de fumée, passe un colibri. Le petit oiseau transporte dans son bec minuscule, une goutte d'eau pour éteindre l'incendie...Il fait sa part du monde !

Bientôt, il s'approche d'un étang...Au bord, un pêcheur tient dans sa main un poisson qu'il vient d'attraper.

Le poisson se débat et demande au pêcheur ce qu'il désire pour le prix de sa liberté...

Le pêcheur s'imagine déjà dans un château en Espagne... Il est dans l'Andalousie du 12 ème siècle où toutes les religions co-habitent... On entend le son d'une guittare dans les jardins de l'Alhambra.

On perçoit la fraicheur de l'eau sur les azulejos des fontaines et le rire claire d'une femme.

Elle regarde son enfant qui joue.

L'enfant fait tourner un moulin entre ses doigts en chantonnant...

Dans le moulin, il fait froid. Un vieux meunier, à la fin de sa vie, réunit ses trois enfants : au premier, il donne son moulin en héritage, au second, il laisse son âne...

Comme le troisième n'a rien, il s'en va travailler en interim et il finit par se perdre. Il ne retrouve plus les petits cailloux qu'il a semés. Epuisé, il s'allonge dans une clairière et s'endort....

Tandis qu'il dort, la lune vient se poser dans ses bras et glisse un rêve dans son sommeil....

Dans son rêve, il a des bottes de 7 banlieux...Il enjambe les cités et les villes, les collines et les vallées comme dans un film : il parvient au bord de la mer...Plan large !

Une plage de sable s'étend à perte de vue...Travelling. On aperçoit une silhouette sur un rocher. Zoom sur le visage d'une femme au visage grave qui regarde au loin. Elle fait et défait une tapisserie en scrutant la mer. Elle attend quelqu'un qui aurait dû rentrer déjà depuis bien longtemps.

Dans son oreille, le bruit d'une tempête...

Un bateau craque et tangue au milieu des vagues qui se jettent sur sa coque...

C'est la nuit, on a braqué des projecteurs...Eux, ce sont des sauveteurs qui sillonnent les rivages à la recherche de naufragés...

Soudain, dans le faisceau de lumière, apparaît un radeau à la dérive, un canoe bondé qui flotte au hasard... Dans l'embarcation, ils sont hagards, transis de froid, à moitié morts de soif : hommes, femmes, enfants écrasés les uns contre les autres. Des humains qui ont dû quitté leur terre et tout abandonner. Leur courage ne tient qu'à un rêve : celui d'échapper à la mort.

Une femme-squelette tient dans sa main un caillou qu'elle serre de toutes ses forces : un morceau de son pays qu'elle a emporté avec elle pour ne pas se perdre...

Bientôt on entend des cris de joie qui se mêlent aussi à des plaintes...

Un messager arrive, il annonce que Gilgamesh est de retour... On est il y a 4600 ans.

Le vieux roi s'adresse à la foule, les mains vides : «  L'immortalité n'existe pas pour les humains ! Ceux-ci doivent se contenter de leur temps de passage sur terre pour faire les choses au mieux et partager leurs rêves.»

C'est maintenant un mendiant en guenilles qui marche sous le soleil, il traverse un marché aux odeurs d'épices et de brochettes qui fument mais il ne veut pas en voler l'odeur de peur qu'on la lui fasse payer... il arrive devant le palais d'un sultan... Un garde l'empêche d'y pénétrer : « Tu n 'es rien, fiche le camp ! » Mais le mendiant ne bouge pas. « Tu n'es rien, fiche le camp ! Tu te prends pour le grand vizir ou quoi ? » Le mendiant répond : « Je suis au-dessus du grand vizir ! »

« Tu es fou, répond le garde, au-dessus du grand vizir, il n'y a que le sultan ! » « Je suis au-dessus du sultan ! » dit le mendiant. « Tu ne sais pas qu'au dessus du sultan il n'y a que dieu ? » « Je suis au-dessus de dieu ! » répond l'autre. Le garde s'énerve : « Au-dessus de dieu, il n'y a rien ! »....

L'autre jour , j'ai fait un rêve : Je prenais mon petit déjeuner avec Robert De Niro. A un moment, il s'arrêtait de mastiquer et il me disait : « Si ça continue, on va rater l'inauguration de la Maison du Conte à Chevilly-Larue ! »....Et je me suis réveillé.

 

 


 

Paris, le 15 novembre 2017.

L'année qui vient sera celle de la langue et des voyages de la langue...

Je voudrais consacrer mon temps à poser et me reposer (non pas faire une pause !) ces questions de toujours sur l'acte d'écrire et qui plus est, d'écrire l'oral. L'étrangeté de la langue me taraude depuis tout gamin : comment le chemin se fait en parlant, en formulant les choses, en les déformant ? En trouvant avec l'énonciation le moyen de faire sa vie aux côtés des autres, des proches et de ceux qu'on ne connait pas ? La parole est rencontre et je profiterai des résidences qui me sont proposées (Capbreton, Bordeaux, Lezay etc...) pour partager avec des gens de langues étrangères et un groupe de collégiens, ce jeu de l'étonnement de la langue et des malentendus créatifs qu'ils génèrent. Je ménerai aussi un atelier à Chelles avec des demandeurs d'asile avec lesquels je m'intéresserai aux trajets et à leur manière de découvrir notre monde à nous, (notre façon de vivre ensemble). Je voyagerai aussi en Espagne pour raconter en Espagnol, au Brésil en bi-lingie (Français / Espagnol) et à l'Île de la Réunion pour le festival KOMIDI, qui est sensible à cette question de la parole sous toutes ses formes.

Profiter aussi de chantiers pour réfléchir à la manière de dessiner une architecture de spectacle autour d'un sujet aussi vaste.

A vrai dire, j'ai l'impression d'être comme un débutant dont ce serait la première oeuvre et qui aurait envie de tout mettre dedans.

Je ressens cela comme un retour aux origines : tout ce qui m'a conduit jusqu'ici aujourd'hui, requestionné à travers une idée toute simple... qu'est-ce que parler veut dire ? Qu'est-ce que l'écriture orale ? Comment le monde est regardé par le prisme du langage ? Comment faire tenir debout ce petit théâtre des mots, avec le jeu de la narration et de la complicité active du public ? Voilà la mission que j'accepte de me confier en toute curiosité !

Pépito Matéo

 


Avignon, le 16 juillet 2017.

Qu'est-ce qui vous motive à venir sur mon site en plein été ?

Vous voulez savoir où j'en suis, ce que je fais depuis tout ce temps?

Vous vous demandez si j'ai de nouvelles choses en cours ou en préparation?

Vous êtes tombé là par hasard sans me connaître, en vous perdant, parce que vous aimez pianoter, parce que...

Pour toutes ces bonnes raisons, vous tombez bien. J'avais envie justement de vous tenir au parfum de mes pérégrinations, des questions que je me pose et de mes chemins de recherche...parce qu'on cherche les uns et les autres, sinon on est arrêté...on cherche à savoir, on cherche la petite bête, on cherche querelle, on cherche à plaire, certains cherchent fortune ou des dérivatifs, d'autres cherchent leur bonne étoile, midi à quatorze heure, le Pérou, la sérénité, à gagner du temps, à minimiser, à ne rien faire...bref on cherche toujours quelque chose et surtout à réaliser ses rêves et à mieux se connaître si possible.

En tous cas, moi ça me tarabuste la boite à méninges et ça me pousse vers l'avant en essayant de ne pas perdre la mémoire... D'où on vient, où on va?

Voilà le genre de question qui forge mon dernier spectacle: "Saturne, nos histoires aléatoires" que je joue en Avignon du 17 au 26 juillet à La Manufacture à 18h15.

A partir de la chanson de Brassens, je tricote des trajets, des croisements, des carrefours histoire de jouer avec le temps, le hasard et les rencontres. Vous pourrez aussi le voir aux festivals de Bourdeaux dans la Drôme le 11 aout, à Capbreton (40) le 7 aout et à Vassivières (23) le 23, en version-duo avec la chanteuse violoncelliste Gaëlle-Sarah Brantôme...

Si vos pas vous mènent par-ci par-là dans cette période, je vous parlerai aussi du livre qui sortira juste de chez les éditions "Atelier Baie", un bouquin à la fois théorique sur le travail du conteur et à la fois romancé style plutôt polar pour ce qui de l'idée de vous emmener en bateau...(en fait 2 livres dans un petit coffret au prix de 20 euros)

Autre chose: J'ai toujours pensé que le conteur était une sorte de cinéaste en direct. J'ai décidé de pousser le bouchon en écrivant un scénario, ce qui a engendré un drôle d'objet "HASTA SIEMPRE" dont la forme est un jeu d'auteur qui se prend à filmer sans un brin de technique et le fond, un puzzle qui parle des dictatures d'Amérique Latine...

Ce spectacle, crée en mai au festival des arts du récit à EYBENS (38) devrait prendre son envol fin 2017 début 2018. Je vous en dirai plus bientôt car je compte désormais donner rendez-vous à ceux qui me suivent tous les trimestres...

A propos, je vous mets à contribution pour un nouveau projet qui me tient à coeur depuis longtemps: La langue française!

Oui, je sais, la langue a toujours été pour moi un champ de bataille et un chant d'amour. J'aime les mots, les histoires et les envolées verbales, j'aime voir s'allumer les loupiotes dans les visages des mordus de la parole....Je dirai même que sans elle, cette langue, je ne sais vraiment pas ce que j'aurais fait de ma vie.

Mais cette fois, c'est une envie de creuser l'affaire...Quand j'entends: "Vous êtes en France, apprenez le français!" je ne peux m'empêcher de me faire la réflexion suivante:

Sur quel  matérieu on apprend une langue? Qu'est-ce qu'on donne avec la langue? Est-ce qu'on tient compte des trajets des gens et de la manière dont ils voient notre façon de vivre? Est-ce qu'on tient compte des malentendus de la langue? Est-ce que l'enseignement d'une langue peut être autre chose qu'une rencontre d'apprentissage réciproque? Qu'est-ce qu'on apprend soi-même de l'autre, de l'étranger, du différent, de celui qui veut se rapprocher de nous?

En travaillant auprès de migrants, de demandeurs d'asile, de détenus (es) et de publics fragiles, je me suis rendu-compte que l'on redécouvrait la langue, comme lorsque qu'on était enfant et qu'on ne comprenait pas tout ce qui se discutait dans le monde qui nous entourait....C'est une chance énorme de réinvestir les mots, le langage, les sons, les idées, les rêves à travers ces échanges...C'est la question de toute une vie. VOus êtes d'accord avec moi ou je suis en train de m'envoler tout seul?

Là, non, je veux pas décoller avec ma montgolfière sans vous embarquer... J'aimerais que vous me disiez, confiez, conseillez à propos de ce que vous connaissez autant que moi: la langue française...(même si vous avez des difficultés avec elle, vous m'êtes précieux!) Je suis à la recherche de connivence autour des malentendus, des anecdotes, des histoires, des fâcheries, des amours, des textes que vous adorez, de expressions et autres richesses de notre boite à parler et penser....

Si ça vous dit, envoyez-moi des choses, contactez-moi, donnez-moi des idées, amusez-vous à me renvoyer la balle....J'aimerais faire un spectacle sur la question et je commence à m'y pencher sérieusement....

Voilà, pour l'heure, je vais arrêter mon crachoir et je ne voudrais pas vous empêcher de regarder la nature, les gens et de profiter de la vie qui "va"!

A bon entendeur salut!

Hasta luego!

Pépito Matéo